Lu par… Bérénice
En partenariat avec la NRF, 2019 a été une année blanche pour le Prix Virilo. Les Nornes ont dû décider de se lancer dans l’autofiction, je ne vois que ça. Pour combler les derniers jours de l’année, j’avais besoin de libérer la pile des livres que j’avais prévusi89 de critiquer début septembre pour pouvoir soit les classer (deux), soit les virer (le reste).
Embrasse l’ours, de Marc Graciano

Épais hiver
Du Marc Graciano annuel on retiendra le conte d’hiver, Joos de Momper qui rencontre Michel Pastoureau. Une vallée, des ours, enfin surtout un, des saltimbanques, l’Eglise qui commence à s’insinuer partout, plus que les hommes qui s’insinuent déjà dans la forêt, et l’amour.
Qu’est-ce que le majestueux, et que faites-vous de vos vies ?, me demande Marc Graciano à chaque fois que je le lis.
La poursuite en péniche du lac migrateur, de Daniel Fleury

Est-ce qu’on ne s’emmerderait pas un peu ?
Mis à part le fait qu’un personnage s’appelle Evariste (sans être Galois), un autre encore (de bref passage )Jules-Asmodée, qu’on y name-drope Elisée Reclus, je ne me souviens pas de grand chose. Il s’agit de la poursuite d’un lac, le Kob Nor, eau mouvante et secrète en plein désert du Takla Makane. Un récit d’aventure à l’ancienne, avec des titres de chapitres qui apostrophent le lecteur, des dialogues un peu plats et des personnages plus grands que nature, rien de tout ça n’a empêché La Poursuite de me tomber des mains et ma mémoire d’en effacer de grands pans. Ne serait-ce pas là le nouveau Virilo, celui qui consiste à chroniquer des mois après les livres aussitôt oubliés ?
Cent millions d’années et un jour, de Jean-Baptiste Andrea

Où l’on pleure sur des squelettes
J’ai été très émue par cette quête d’un professeur de paléontologie en quête du squelette qui changera la face des fossiles, d’un géant disparu dans les Alpes, dans une vallée glaciaires haut perché entre l’Italie et la France, que quelqu’un, un jour aurait vu dans une caverne sous un glacier. Huis-clos entre Stan, qui a tout donné déjà à l’histoire, pas si vieux pourtant, à l’enfance cruelle qui le malmène encore, son ancien assistant, Umberto et l’assistant de son assistant, Peter. Traumatismes et jalousies se mêlent au vent de presque trois mille mètres, à l’herbe rase au refus de capituler dans éléments. La saison de la recherche du monstre endormi sera courte tout autant qu’éternelle. Jean-Baptiste Andrea glisse du Loup de Jean-Marc Rochette dans son roman, et ce contrepoint monumental se déploie au-dessus de l’arrogance humaine et de ses échecs de communication.
Propriété privée, de Julia Deck

On peut se désengager après la signature d’un compromis
Un couple s’installe enfin en banlieue, après des années à Paris. Pas n’importe quelle banlieue, une banlieue pavillonnaire ! Dépression pour l’époux, appel d’offre urba/aménagement urbain pour l’épouse, on nous rappelle souvent que c’est près du RER pour qu’on se souvienne bien que c’est une banlieue pavillonnaire DE PARIS, longue description des échangeurs thermiques (oh no une douche froide), description des trajets (Thalys puis metro), bref couche de détails de vie quotidienne sur couche de détail sur vie quotidienne mais surtout, des voisins malveillants. Est-ce que les autres c’est pire à Paris ou quand on a un mur mitoyen avec eux ?
L’ensemble est honorable, mais la tensions est faiblarde, l’alternance entre thriller et scènes de la vie ordinaire pas très surprenante et l’humour s’enchâsse et se noie dans cette écriture un peu pâle qui se tient mais finit pas m’ennuyer. Au surplus, l’héroïne n’aime pas les brocantes, je ne peux donc pas la sauver.

Et à l’année prochaine
Les poilus parlent aux poilus